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Ce texte est la version résumée à jour du Message de la Guette, dans sa deuxième version, mise à jour le 9 septembre 2016.

La version 1 du résumé est ici.

Le texte intégral, dans sa dernière version, est disponible ici.

Rencontres des #NuitDebout de Paimpont - Message depuis la Guette, en forêt de Brocéliande, le 168 mars 2016 - Version résumée[edit | edit source]

Nous sommes des participantes au mouvement Nuit debout, venues d'une quarantaine de villes et villages de France, de Suisse et de Belgique, assemblées durant trois jours, en août 2016, en forêt de Paimpont, pour nous rencontrer, et échanger sur nos expériences de près de cinq mois de mobilisations énergiques et foisonnantes.

Cinq mois et toujours la même urgence et la même joie à nous assembler, toujours la même énergie à partager pour révolutionner le monde. 135 nuits et jours debout, dans des dizaines de villes, expériences essentiellement locales, faiblement en contact les unes avec les autres. Chez certaines, une inquiétude au cœur de l'été : comment « maintenir » le mouvement, comment le « relancer » à la rentrée ? Puis, ces trois jours, ensemble, à Paimpont.

Organisées sans autre objectif que de prendre le temps de se rencontrer, action modeste, mais inouïe, ces trois journées auront porté de nombreux fruits. De nombreuses informations sur ces rencontres sont disponibles sur le wiki, ; l'objet de ce message n'est pas de les résumer. A la fin de cet été que certaines ont cru « couché », nous avons jugé important d'envoyer un message de confiance en ce que nous faisons à toutes nos camarades debout sur les places. Un message mobilisateur, pour la rentrée sociale comme pour la grande séquence de politique national qui démarre. Nous avons voulu envoyer ce message pour rendre compte de ce que ce temps de mise en commun a permis d'apporter à l'interprétation des « contours de la Nuit », et lancer un appel à poursuivre et amplifier la mise en relation des initiatives et des aspirations.

Ce message, nous l'adressons, en quelque sorte, de partout à la fois, de Tulle, Rennes, St Naz', Paimpont, Paris, Grenoble... Il est adressé aux deboutistes et sympathisantes du mouvement, ainsi qu'à toutes celles qui partagent le constat de la faillite des institutions, du discrédit de la classe dirigeante et des possibles dévastateurs contenus dans la situation politique, et qui s'interrogent sur la manière dont elles peuvent contribuer à faire cesser cet état des choses.

Contours de la Nuit[edit | edit source]

Nous ne nous connaissions pas, et pourtant ces rencontres avaient la saveur de retrouvailles. Dans nos méthodes de travail, d'abord. Autogérées, ouvertes, ces journées ont eu la sérénité offerte par une organisation simple et l'expérience de quatre mois de mobilisations, et en même temps un vrai petit air des nuits des débuts, peuplées d'inconnues passionnantes.

Nous nous sommes immédiatement reconnues. Nous avons retrouvé en ces inconnues nos histoires et nos revendications, notre énergie, nos faiblesses, nos attentes quant aux suites du mouvement, notre détermination et notre fantaisie. Les nôtres et toutes celles, plurielles mais communes, entendues et vues sur les places et en manifs tout ce long mois de mars. C'est de ce commun dont nous voulons parler ici.

L'agora et ses constellations[edit | edit source]

Les commentaires ont été unanimes : Nuit debout est un mouvement flou, paralysé par son horizontalité radicale. Nous pensons que la dynamique que recouvre l'appellation « Nuit debout » n'est ni floue, ni paralysée, mais tout simplement jeune. Si jeune, et si radicalement différente que personne, pas même ses participantes, ne peuvent en saisir toutes les potentialités ni toutes les implications.

Ce « quelque chose qui se passe » c'est en premier lieu une action de rue. Une occupation de places voire d'édifices, dans le cadre d'un rapport de force militant.

Cette réappropriation de l'espace public, à rebours de la ville contemporaine, c'était aussi, dans l'impulsion originelle, le dépassement de la manifestation unitaire, sa prolongation, voulue pour créer un espace de discussion et d'organisation entre les manifestantes. Sa diffusion virale a montré que de nombreuses opposantes à la Loi Travail attendaient l'occasion de pouvoir consacrer de leur temps et de leur énergie à une dynamique neuve et imprévue, et s'organiser dans un cadre ouvert et horizontal. Un cadre inclusif dans lequel il est facile de prendre la parole, à même de contrer les logiques concurrentielles développées par les pratiques politiques traditionnelles, et de contrebalancer les inégalités dans l'aptitude à la prise de parole publique. Un cadre qui ne signifie pas absence de responsabilités, mais rotation des tâches et contrôle collectif.

C'était, toujours dans l'impulsion originelle, un appel à la « convergence des luttes ». Si les espoirs de mouvements de masse qui ont pu être suscités se sont rapidement dissipés, la convergence des luttes est pourtant bien là. Discrète entre les participantes au mouvement, dont les filiations politiques et les expériences sont extrêmement diverses, elle est rendue concrète de multiples manières. Des convergences s'opèrent au sein des Nuits debout par les échanges entre participantes originaire de milieux différents, terreau fertile à l'émulation. Des convergences se construisent dans des commissions qui s'investissent sur des luttes spécifiques et dans la participation et le soutien à des luttes en cours. Des ramifications et des coordinations se tissent.

Ce cadre qui favorise l'inclusion et la convergence, c'est bien sûr l'agora, l'assemblée, la création sur les places d'un espace d'expression publique. Bureaux des pleurs ou cahiers de doléances, marché aux projets et foire aux solutions, c'était brassage public, tous les soirs d'un long printemps. On a patiemment tout écouté, assises toute les Nuits debout, ici, partout. Pour beaucoup, c'était l'occasion d'un apprentissage du dialogue en grands groupes, et de ses modes de régulation. On a causé du système et des actions à mener, envahi des rocades et des Magdo, chanté, et tissé des liens de coopération et d'amitié.

Car très vite, pour nous, mille choses se sont cristallisées. Des centaines de commissions se sont montées à travers tout le pays, les unes pour préparer des actions, les autres pour assurer l'animation et le suivi de certaines thématiques. Des auto-médias sont apparus un peu partout. Et la Nuit devint aussi pour nous cet espace social informel et horizontal, où viennent échanger et se coordonner les initiatives. Nous pensons que là réside un apport essentiel de Nuit debout : la capacité à donner naissance et permettre la coordination d'initiatives autonomes, fonctionnant elles aussi de manière inclusive, et pour lesquelles sont reconnues le droit à l'erreur et le droit à la lenteur.

La Nuit en commun[edit | edit source]

Pas de leaders, pas de porte-paroles, pas de surexposition d'une voix particulière, l'affaire semble entendue. Mais Nuit debout, c'est aussi beaucoup de monde. Mouvement favorisant l'expression des paroles populaires et exprimant la volonté d'en augmenter la portée de résonance, y compris politique, Nuit debout est nécessairement pluriel, et impossible à centraliser.

On y retrouve, quoique rarement mis en avant, des marqueurs « identitaires ». Aucun de ceux-ci ne fait l'unanimité, mais aucun ne semble poser problème. Ces marqueurs sont, par exemple, ceux de la solidarité entre les peuples et du refus de toutes formes de discrimination, ceux de l'autonomie et de la coopération, du féminisme, de la curiosité, de la radicalisation de la démocratie, de l'anti-racisme, de l'anti-militarisme. Ils sont ceux de la sobriété et du respect du vivant, de l'anti-hiérarchisme et de l'anti-productivisme ; ceux du droit à l'information, de la critique des médias, et des logiciels libres, ceux du refus de l'ordre sécuritaire et du refus de la stigmatisation des musulmans. Ceux de l'éducation populaire, du mouvement ouvrier, de l'implication associative, syndicale ou politique.

Révolution française, Chiapas, Commune, Révolution russe, '36, désobéissance civile. Les années 68 ; la chute du mur. Tournant de la rigueur, 21 avril 2002, ou referendum européen bafoué, crise de 2008, Grèce écrasée. Milices d'agriculteurs pourchassant des zadistes. Guerres, pétrole, uranium, maintien de la paix, attentats.

La liste pourrait être encore longue.

Plurielles, les Nuits ne constituent pas moins une dynamique commune et dans une certaine mesure unificatrice, qui doit chercher à « formuler un commun politique » et apprendre à co-élaborer et coordonner à de plus grandes échelles des actions, revendications et messages. Une dynamique commune dont la portée est révolutionnaire. Lorsque le mot a été sorti la première fois, il a fait sourire. Puis le mot à fait son chemin, tout le week-end : si ce que nous formulons comme exigences devait advenir, ce serait à coup sûr une révolution. Donc va pour la révolution. Et parce que changer la France, ce serait changer le monde, va pour « révolutionner le monde ».

Horizons de la Nuit : se coordonner pour révolutionner le monde[edit | edit source]

Nous sommes toutes passées jusqu'ici à côté de cette grande diversité, et cet effort de formulation commune est resté vain. Et c'est bien compréhensible, tant le mouvement est jeune et les liens peu nombreux. Cette question spécifique a fait l'objet de multiples discussions lors des rencontres. Il est certain que l'amélioration de nos communications, entre deboutistes, entre collectifs, et à destination des personnes ayant de la sympathie pour nos actions, doit figurer parmi nos priorités.

Dépasser internet[edit | edit source]

De nombreux outils de communication existent ou sont en cours de développement pour améliorer la mise en connexion des deboutistes actives. Il est primordial de disposer d'outils de communication efficaces, et notamment d'un outil de prise de décision en ligne qui nous fait pour l'instant défaut. Mais nous pensons que nous devons apprendre à nous passer d'internet et à nous organiser « à l'ancienne », en prenant le temps de nous rencontrer et d'échanger nos coordonnées, et en sachant qui contacter pour monter des actions ou initiatives.

La question des outils ne doit pas masquer le besoin primaire, réel, et parfois un peu oublié, de la production de contenus. S'ils sont correctement investis et animés par les commissions et collectifs locaux, les sites déjà existants peuvent être de très bons outils pour améliorer le partage de l'information. En local, nous encourageons la création d'une multitude de supports d'expression, auto-médias, mais aussi expression artistique, dont la portée considérable est parfois négligée.

L'attention portée au mouvement et les analyses qui en ont été faites dans les médias ont surtout porté jusqu'ici sur le seul cas parisien – qui mérite par son ampleur une attention particulière. La singularité des expériences locales a encore trop peu été partagée. C'est pourquoi nous pensons que favoriser une gestion partagée entre plusieurs villes et à responsabilité tournante de nos outils communautaires nationaux permettraient de rééquilibrer les perceptions du mouvement, et faciliterait la diffusion des informations locales pertinentes et de messages que nous voulons porter en commun. Un fonctionnement en cohérence avec les attendus organisationnels du mouvement, horizontalité, ouverture et transparence.

Quant à la communication vers le grand public, nous pensons que le recours aux outils médiatiques et la réponse aux éventuelles sollicitations des journalistes doivent se faire de manière modérée, légitime, et pertinente, lorsqu'on a réellement quelque chose à dire, et en évitant la personnalisation. Nous pensons que face aux dérives du journalisme, nous devons nous efforcer de produire nous-même des relais d'expression crédibles, sans pour autant fuir les médias traditionnels, dont la portée est significative. Il nous semble surtout que nos actions doivent en premier lieu chercher à créer le contact au moyen d'actions de rue permettant des interactions, comme les « Porteur de paroles », efficacement pratiqué à Plélan-le-Grand lors de nos rencontres, ou les « marches-actions centre-ville-périphérie », reliant divers quartiers ou territoires et plusieurs types de luttes ou d'alternatives. Être présentes sur le terrain, et organiser des actions spécifiques sur des communes environnantes n'ayant pas connu de dynamique Nuit debout, parce que trop petites. Le lien avec les quartiers populaires, autre soit-disant « échec » de Nuit debout, doit continuer à être cultivé, mais il est un autre public absent des Nuit debout dont on a trop peu parlé : celui des territoires ruraux, ceux-là même chez qui s'enregistre une forte poussée de l'abstention et du vote d'extrême-droite. C'est aussi vers cette France dite « périphérique » que nos efforts doivent porter.

Changer l'organisation et la saveur de nos vies[edit | edit source]

Nos échanges ont permis de dégager des horizons communs à nos actions : loi Travail, irruption dans les débats de politique nationale, et ancrage dans les luttes et les alternatives concrètes. Nous pensons qu'en permettant de mieux cerner et faire comprendre le sens de nos actions, ces horizons peuvent contribuer à mobiliser et réussir la rentrée.

  • Prendre places

Déterminées dès la première nuit à renverser le monde de la Loi Travail, nous ne manquerons pas l'occasion de prendre les places qui nous reviennent dans les débats de politique nationale qui s'annoncent, celles de la citoyenne, de la militante, de la poétesse ou de l'activiste, celles de la manif, du tract et de l'action, celles du tag et du hashtag, de l'automédia et de la chanson, du piratage et du porteur de paroles. Nous ne laisserons pas la prochaine farce électorale se dérouler sans intervenir. Nous agirons pour ne pas laisser le champ libre à celles et ceux qui spéculent sur les peurs, la violence, la misère et – surtout – sur l'indifférence et la résignation. Plutôt qu'une énième redite du front républicain, nous voulons la fin de ce système politique aristocratique et archaïque. Nous nous mobiliserons pour imposer dans les débats les exigences de toutes celles qui aspirent à retrouver les chemins d'un avenir émancipateur. Le 3 septembre, des banquets de rentrée de Nuit debout étaient organisés simultanément dans plusieurs villes, pour annoncer notre résolution à faire partout irruption dans les débats et la machine électorale.

  • Déserter l'économie marchande

Nos échéances principales ne sont pas celles du système politico-médiatique. Nous affirmons la priorité absolue, pour chaque collectif Nuit debout et chaque participante, à contribuer au quotidien à la création et au développement d'alternatives concrètes, horizontales, écologistes et anticapitalistes, ainsi qu'au renforcement d'un communautarisme multiculturel de solidarité, afin de développer notre puissance collective, favoriser les dynamiques de désertion de l'économie marchande, inverser la courbe de la disparition du vivant en même temps que celle du chômage, et changer concrètement l'organisation même ainsi que la saveur de nos vies.

  • Abrogation !

Le mouvement social contre la loi Travail fera sa rentrée, le 15 septembre. Adoptée dans la brutalité, contre la volonté de la majorité du peuple et du parlement-croupion, la loi El-Khomri est illégitime, et ne sera jamais appliquée. Nous poursuivrons notre mobilisation aux côtés des autres forces engagées pour en obtenir l'abrogation. Nous descendrons dans la rue le 15 septembre pour la prochaine manifestation unitaire, participerons aux actions de blocage économique, soutiendrons les camarades en grève et ceux en butte à la répression avec les moyens à notre disposition.

Nous aurons prochainement l'occasion d'en débattre de vive voix : de nouvelles rencontres sont d'ores et déjà prévues pour le week-end de la Toussaint, nous avons hâte de t'y rencontrer !

Bonne rentrée !